Thomas Lacoste, cinéaste et éditeur, est le fondateur en 1994 de la revue internationale Le Passant Ordinaire, revue critique pluridisciplinaire. En 2007, il coordonne, avec Georges Debrégeas, L’Autre campagne, 80 propositions à débattre d’urgence, un ouvrage qui avait été accompagné de séquences vidéo visibles sur le site du même nom, sous le titre Portraits d’idées. Depuis, le néolibéralisme n’a fait que ravager tous les espaces sociaux et mettre en crise toutes les institutions garantes de la cohésion sociale (école, justice, médecine, travail, etc.). Au point que «l’urgence de la distanciation et la nécessité d’une véritable déconstruction» face aux ravages du néolibéralisme est plus forte encore aujourd’hui qu’hier. D’où le sous-titre de ce coffret : Kit de survie éthique et politique pour situations de crise(s).
Le diagnostic initial de Thomas Lacoste est que le néolibéralisme européen, c’est-à-dire le néolibéralisme des institutions européennes, en imposant des politiques d’austérité, la remise en cause des services publics, la défense forcenée de la monnaie unique forte, etc., ne fait qu’encourager le nationalisme, «qui est le nom de la profonde décomposition de nos sociétés». Une décomposition qui s’accompagne d’une véritable régression culturelle et de la pensée politique. Et les graves mutations actuelles des systèmes éducatifs doivent aussi se comprendre dans ce mouvement d’ensemble.
Face à l’ampleur des dangers, l’optique adoptée est celle d’une tentative de pensée critique contemporaine, qui suppose une approche transversaliste. Quatre grandes thématiques ont été choisies : le travail, l’enseignement et la recherche, les hommes et les frontières, et la justice et les libertés. Ces quatre grands chapitres sont abordés à travers quarante-sept longues contributions de syndicalistes, de sociologues, de magistrats, de psychanalystes, de philosophes ou de praticiens engagés. Impossible donc de restituer ici la teneur de ces quelques vingt-quatre heures d’entretien. Sur la forme, aucun zapping. Au contraire, pour chaque intervention, le temps est donné d’entrer progressivement, la plupart du temps sans jargon, dans une pensée ou une orientation de recherche, ou encore la relation d’une expérience. Ce format permet de prendre la mesure des radicalités contemporaines, c’est-à-dire de la radicalité des ruptures de notre temps.
Pour ne prendre ici qu’un seul exemple, Christophe Dejours insiste sur la crise de la valeur travail d’aujourd’hui. Non pas celle d’un président candidat qui ne cesse de dénoncer les «assistés» contre les «vrais travailleurs», mais celle qui vient de la rupture historique entre le travail et les rémunérations. L’ampleur de la logique de la rente est telle qu’il existe de moins en moins de lien entre le travail réellement effectué et les rémunérations distribuées. Cette rupture s’accompagne d’un bouleversement radical dans les situations de travail de plus en plus organisé par les nouvelles méthodes d’évaluation individualisée des performances. Un bouleversement qui s’accompagne lui-même d’une mutation profonde de nos représentations puisque nous acceptons ces nouveaux dispositifs, cette individualisation du monde du travail et sa redéfinition par la logique de la concurrence généralisée de tous contre tous. L’isolement et la perte d’estime de soi sont les principaux symptômes de cette transformation, nous dit le psychanalyste.
On l’aura compris, ce coffret propose à un large public de très nombreuses entrées à des thématiques extrêmement lourdes et permet de mettre des mots et donner des perspectives pour comprendre les impasses mais aussi les possibles de notre temps. Un kit de survie indispensable !
>> MENU
LA BANDE
L'AGENDA
DANS LES MEDIAS
DVDTHEQUE
CONTACT
Le projet
Les liens >>
L'Autre campagne
Le Passant Ordinaire